Zimbabwe, ordinaire pauvreté
Les chiffres ne veulent plus dire grand chose : l’an dernier, au Zimbabwe, l’inflation a dépassé la barre des 50000 %. Et depuis, elle a encore doublé.
Mais ce n’est plus ce qui inquiètant. La moitié des habitants du pays vit avec 60 centimes d’euro par jour, le taux de chômage atteint 80 %, et 45 % des Zimbabwéens souffrent de malnutrition. Pour l’hôpital n’a rien pour les malades. Nous pensions que cela n’arrivait qu’en Angola et au Mozambique.» La maison type dans une banlieue pauvre et surpeuplée de la capitale est vide. Pas de chaise, pas de lit, juste un matelas qu’une mère partage avec ses deux deux garçons de 7 ans et 8 ans qui lui restent. Une plaque à gaz, et la seule décoration intérieure est une affiche du Christ. Cette mère n’a pas toujours vécu ainsi. Son mari et elle étaient relativement pauvres, mais lui travaillait comme intérimaire sur des chantiers et elle vendait des fripes, ce qui leur a permis d’équiper leur maison de trois pièces d’objets emblématiques de l’amélioration du niveau de vie au Zimbabwe après l’indépendance : une radio, puis un téléviseur, un canapé, des fauteuils, un lit. Mais son mari est mort, de maladie mal soignée. Et l’économie s’était effondrée sous le gouvernement de Mugabe. Ils ont dû vendre tous leurs biens à ceux qui avaient encore les moyens d’acheter, même la plupart des assiettes et des couverts. Il ne reste pratiquement plus rien à vendre dans la maison, mais on se débrouille. D’autres vendent du savon à la tranche et de la farine à la tasse. Avec 100 000 % d’inflation, personne ne garde son argent très longtemps, mais tout le monde veut du liquide et s’en débarrasse aussi vite que possible en échange de quelque produit indispensable. Parfois, la police et l’armée confisquent l’étal des marchands à la sauvette, sous prétexte qu’il est illégal de commercer sur le trottoir. Pour les femmes, ce n’est là qu’une autre forme de pillage d’Etat.
Si un enfant est malade, on hésite à l'emmener à la clinique d’Etat, car les tarifs n’ont
cessé d’augmenter. Les infirmière annoncent régulièrement qu’elles ne peuvent rien faire, faute d’antibiotiques «elle irait mieux dès qu'on lui aura donné à manger et beaucoup d’eau.» Le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans a pratiquement doublé en dix ans. Le principal hôpital public d’Harare, le Parirenyatwa, n’opère plus, en raison des pénuries. Il partage son unique radiologue avec l’hôpital central de la ville, car une grande partie du personnel médical a émigré en Afrique du Sud ou en Europe pour y chercher un travail payé décemment. Certains disent que les prochaines élections changeront les choses. Mais les gens n'ont plus d’espoir. Ce n’est pas ce qui ramènera les morts.
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